Inceste, viol : avancer sans revivre, sans tout raconter
Dernière mise à jour : 18 sept.
Vous avez peut-être déjà essayé.
Un psychologue, une psychothérapeute, de l'EMDR, de la kinésiologie, des soins énergétiques. Des approches bienveillantes, des thérapeutes bien intentionnés. Et pourtant — soit ça n'a pas suffi, soit ça a remué des choses sans les résoudre, soit ça a été trop dur à traverser.
Vous n'êtes pas difficile. Vous n'êtes pas "trop complexe". Vous avez simplement besoin d'une approche qui respecte ce que vous avez traversé — et la façon dont votre corps a appris à s'en protéger.
"Je ne veux pas revivre ça"
C'est la première chose que beaucoup de personnes disent.
Et c'est une demande juste. Reviviscence, exposition, raconter dans le détail — ce sont des approches qui peuvent fonctionner dans certains contextes, mais qui, sur des traumas sexuels graves ou des amnésies traumatiques, peuvent faire autant de mal que de bien.
La Psychothérapie du Trauma Réassociative (PTR) fonctionne différemment.
Vous n'avez pas besoin de tout raconter. Vous n'avez pas besoin de vous souvenir de tout pour que ça fonctionne. Vous n'avez pas besoin de revivre quoi que ce soit consciemment.
Le travail se fait avec ce que vous avez accès — des fragments, des sensations, des émotions, des images — et votre inconscient fait le reste. Votre système nerveux sait ce qu'il porte. On l'aide à le déposer, progressivement, en sécurité.
"Mes amnésies sont des protections"
Oui. C'est exactement ça.
Quand ce que l'on a vécu était trop intense pour être supporté consciemment, le système nerveux a fait ce qu'il devait faire : il a mis de côté. Ce n'est pas un dysfonctionnement. C'est une intelligence de survie.
Ce que la PTR respecte, c'est précisément ça : elle ne force pas les protections. Elle ne "déverrouille" pas brutalement ce qui a été mis sous clé pour de bonnes raisons. Elle travaille avec vos mécanismes de protection — pas contre eux.
Et ce que beaucoup découvrent, c'est que quelque chose peut bouger, s'alléger, se transformer — même sans que les souvenirs refassent surface en totalité. Le corps peut se libérer d'un poids sans que le mental ait besoin de tout reconstituer.
(Si vous voulez comprendre plus en détail comment un trauma peut rester amnésié et comment ça se travaille → cet article y répond)
"J'ai des souvenirs flous, qui sont apparus tardivement — est-ce que c'est réel ?"
Ce doute, vous n'êtes pas seul(e) à le traverser.
Il y a le doute sur les souvenirs flous ou fragmentaires. Et il y a quelque chose de plus troublant encore : la sensation d'inventer. Ce sentiment que ce qu'on "se rappelle" est peut-être une construction, une projection, quelque chose que l'esprit aurait fabriqué.
Ce que peu de gens savent : cette sensation d'inventer est elle-même souvent une protection dissociative. Le système nerveux, face à quelque chose d'insupportable à reconnaître comme réel, peut générer ce doute comme bouclier. "Si j'invente, alors ce n'est pas arrivé. Et si ce n'est pas arrivé, je n'ai pas à y faire face." Ce mécanisme est intelligent — et il peut durer des années.
Ce que la PTR fait avec ce doute est contre-intuitif : plutôt que de le combattre, elle l'amplifie. "Augmentez cette sensation d'inventer". Et dans ce mouvement paradoxal, quelque chose se libère — non pas une preuve, mais la charge émotionnelle et corporelle qui accompagnait ce doute. La résistance cesse d'être un obstacle et devient un point d'appui. C'est ce que Marine Manouvrier, philosophe et praticienne PTR, décrit dans son témoignage publié dans la revue Hypnose & Thérapies Brèves (2025) : quand Brassine lui a demandé d'augmenter sa sensation d'inventer, c'est précisément là que quelque chose a pu bouger pour elle.
Ce que la neurologie du trauma documente depuis des décennies : la mémoire traumatique ne fonctionne pas comme la mémoire ordinaire. Elle est fragmentaire, sensorielle, non linéaire. Elle peut rester inaccessible pendant des années — et remonter par fragments, par sensations, par images floues, parfois déclenchée par un événement anodin.
Ce que personne ne peut savoir avec certitude — ni vous, ni votre thérapeute, à ce stade — c'est si ce qui remonte correspond exactement à ce qui s'est passé. Et ce n'est pas nécessaire pour que le travail avance. Vous n'avez pas à le prouver — ni aux autres, ni à vous-même — pour commencer à travailler dessus. Ce qui compte, c'est que quelque chose de réel se transforme : la charge, la tension, le poids que vous portez.
"J'ai essayé beaucoup de choses — rien n'a vraiment fonctionné"
C'est épuisant d'espérer, de tenter, et de repartir avec le sentiment que ça n'a pas suffi.
Il y a plusieurs raisons pour lesquelles des approches pourtant sérieuses ne produisent pas de changement durable sur ce type de traumas :
Certaines travaillent sur les pensées conscientes — mais les mémoires traumatiques ne sont pas stockées là. Elles sont dans le corps, dans les réflexes, dans des couches que la parole ou la restructuration cognitive n'atteignent pas directement.
Certaines approches corporelles — sophrologie, kinésiologie, soins énergétiques — apaisent le système nerveux, parfois significativement. Pour certaines personnes ça fonctionne durablement. Pour d'autres, le soulagement est réel mais temporaire : il faut y retourner régulièrement pour maintenir l'équilibre. Pour d'autres encore, ça ne suffit pas à faire bouger quelque chose en profondeur, voire ça active sans résoudre. Ce n'est pas un échec personnel — c'est que ces approches agissent sur la régulation sans nécessairement toucher ce qui a créé la dysrégulation à l'origine.
Les constellations familiales peuvent faire émerger des dynamiques importantes et provoquer des prises de conscience réelles. Mais quand le trauma est très enkysté dans le corps, utilisées seules, elles peuvent activer sans suffisamment désensibiliser — et laisser la personne avec quelque chose de remué sans que ça se soit déposé.
Certaines thérapies par la parole, même bien intentionnées, peuvent involontairement aggraver les choses quand elles posent des questions suggestives ou poussent à raconter avant que le système nerveux ne soit prêt. Gérald Brassine le documente depuis les années 1990 : interroger de façon suggestive peut créer une victimisation secondaire — souffrir à nouveau du trauma à cause du processus thérapeutique censé aider.
La PTR cherche la source sans forcer l'accès. Et ce que beaucoup découvrent : les souvenirs ne disparaissent pas — mais ils perdent leur pouvoir de faire mal. Comme le formule Marine Manouvrier après ses quatre séances : "Si le souvenir vécu ne disparaît pas, la réassociation avec d'autres images le rend maintenant inoffensif."
Si vous vous demandez comment identifier un praticien vraiment formé aux traumas complexes → cet article répond à cette question
"Je veux être plus solide si je dois affronter une procédure judiciaire"
Certaines personnes envisagent de porter plainte, ou sont déjà engagées dans une procédure judiciaire. Ce n'est pas le cœur de mon accompagnement, mais c'est une dimension que la PTR peut soutenir — à condition d'être claire sur ce qu'elle fait et ce qu'elle ne fait pas.
Il faut distinguer deux situations très différentes.
Si les souvenirs en jeu ont toujours été conscients — un abus dont vous vous souvenez depuis longtemps, ou une levée d'amnésie récente survenue spontanément, en dehors de toute thérapie et de toute hypnose — alors le travail de la PTR n'intervient pas sur le contenu de ce que vous rapporterez : il porte sur la charge émotionnelle et la stabilité intérieure nécessaires pour traverser l'épreuve d'une audition. Ce n'est pas un détail mineur. Témoigner expose à un risque réel de traumatisme secondaire : ne pas être cru, voir sa parole mise en doute, ou affronter un avocat de la défense dont le rôle est précisément de chercher à vous déstabiliser. Se sentir plus stable, moins submergé par la charge émotionnelle au moment de parler, peut faire une différence concrète dans la façon dont le témoignage est porté et reçu.
Même dans ce cas, je vous recommande d'en parler avec votre avocat avant d'entamer ce travail — un travail hypnotique touchant, même indirectement, à des faits en cause dans une procédure peut en principe être évoqué par la défense, même s'il ne porte que sur l'émotionnel et non sur le contenu factuel.
Si en revanche l'objectif est de faire émerger un souvenir qui n'est pas encore là — une amnésie que vous espérez lever grâce au travail thérapeutique lui-même — la prudence est d'un tout autre ordre. Même dans les pays où l'hypnose judiciaire existe, comme la Belgique, elle n'est utilisable que sous un cadre extrêmement strict : hypnotiseur mandaté par un magistrat et tenu dans l'ignorance du dossier pour ne pas l'influencer, séances filmées, consentement de la personne — et même dans ces conditions, elle ne vaut jamais preuve à elle seule. En France, la justice ne reconnaît pas l'hypnose comme moyen fiable d'établir des faits : la Cour de cassation a plusieurs fois jugé irrecevables des témoignages obtenus sous hypnose. Un travail thérapeutique ordinaire, mené hors de ce cadre, sur un souvenir qui doit encore émerger, n'a aucune valeur probatoire — et pourrait être utilisé pour questionner la fiabilité de votre témoignage par la suite.
Dans tous les cas, la bonne démarche est d'en parler avec votre avocat avant d'entamer tout travail touchant aux souvenirs concernés par une procédure.
Une "réparation intérieure"
Une chose que peu de gens réalisent : la réparation intérieure n'attend pas la réparation judiciaire.
Obtenir justice est légitime. Chercher une reconnaissance par le tribunal, par la famille, par la société — c'est un droit, et pour beaucoup une nécessité profonde. Mais cette reconnaissance peut ne jamais venir. Les faits peuvent être prescrits. L'agresseur peut ne jamais être condamné. La famille peut choisir de ne pas croire. Le corps social peut décevoir — et il déçoit souvent.
Attendre cette réparation externe pour commencer à se réparer intérieurement, c'est donner à l'agresseur — ou au système — un pouvoir supplémentaire sur votre vie.
La PTR ne remplace pas la justice. Elle ne dit pas que l'injustice n'existe pas. Elle ouvre quelque chose de différent : la possibilité de transformer la charge traumatique indépendamment de ce que fait ou ne fait pas le monde extérieur. De ne plus être prisonnier de l'attente d'une reconnaissance qui peut ne jamais venir.
Ce n'est pas "passer à autre chose". C'est récupérer sa propre vie — sans attendre la permission de ceux qui vous ont blessé, ni du système censé les juger.
Ce que ça implique concrètement
Une précision que beaucoup trouvent surprenante : la PTR est souvent significativement plus courte que d'autres approches trauma. Selon le nombre d'épisodes traumatiques à travailler, leur ancienneté, et jusqu'où la personne souhaite aller, 2 à 6 séances permettent fréquemment d'observer un premier changement réel et durable sur les charges les plus accessibles — là où des parcours EMDR ou TCC s'étendent parfois sur des dizaines de séances.
La raison : la PTR ne travaille pas par accumulation de séances de parole ou d'exposition. Elle cherche à transformer les enregistrements à leur source — et quand la source est atteinte, le changement peut être rapide.
Ce n'est pas une promesse de tout résoudre en quelques séances. Le travail s'organise par étapes — et chaque personne repart différemment selon son point de départ et ses objectifs. Certaines viennent pour alléger une charge spécifique. D'autres choisissent de continuer plus loin, vers d'autres couches, d'autres tiroirs. Le rythme est toujours celui de la personne.
Selon où vous en êtes, le travail peut inclure d'autres dimensions au-delà de la désensibilisation : retrouver un ancrage dans le corps, reconstruire une image de soi, reprendre confiance dans le lien. Selon où vous en êtes, le travail peut inclure d'autres dimensions au-delà de la désensibilisation : retrouver un ancrage dans le corps, reconstruire une image de soi, reprendre confiance dans le lien.
La PTR est souvent le cœur de ce travail sur l'inceste et le viol — mais rarement seule. Selon votre histoire, j'y associe le TIST pour les parties de vous qui se sont dissociées, les constellations pour ce qui se rejoue dans les liens familiaux ou relationnels, la thérapie narrative pour reconstruire une identité qui ne soit plus définie par ce que vous avez subi. (Vous pouvez lire ici comment j'articule ces approches selon les situations.)
Ce que les personnes qui viennent pour ce travail décrivent souvent : se sentir respectées dans leur rythme, ne jamais avoir eu l'impression d'être bousculées ou forcées. Pour certaines, c'est déjà en soi une expérience nouvelle — et réparatrice. Et le fait qu'un homme puisse tenir cet espace avec délicatesse et stabilité peut, pour certaines femmes blessées par le masculin, participer à la réparation du lien.
Les séances se font en cabinet à Bures-sur-Yvette ou Paris 9e, ou en visioconférence.
Vous restez pleinement conscient(e) et acteur/actrice pendant tout le travail. Je ne fais rien "à votre place" ou "à votre insu". Vous guidez le rythme — et vous pouvez vous arrêter à tout moment.
Un premier entretien téléphonique de 20 minutes vous permet de me poser vos questions, de sentir si vous êtes à l'aise avec ma façon de travailler, et de voir ensemble si cette approche peut vous correspondre.
Cet entretien est offert, sans engagement.
Sylvain Geyskens — Qualité d'Être Hypnose, Coaching & Thérapie du lien — Bures-sur-Yvette & Paris 9e 06 16 54 13 74
Note :
Pour aller plus loin sur la PTR et son fonctionnement, vous pouvez lire l'article complet sur la Psychothérapie du Trauma Réassociative.
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