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Psychologue diplômé ou thérapeute-coach spécialisé en trauma : comment choisir ?

  • sylvaingeyskens
  • 6 mai
  • 28 min de lecture

Dernière mise à jour : 6 juil.

Cet article est né d'un constat simple : dans les groupes Facebook consacrés aux traumas, il est fréquent de lire le conseil de "s'adresser en priorité à un psychologue diplômé." Ce conseil est souvent bien intentionné. Partiellement juste.


Mais en observant ce qui se passe réellement — les limites des formations initiales, les débats houleux entre professionnels, les témoignages de personnes ayant erré pendant des années malgré un suivi — l'article a évolué vers quelque chose de plus large.


Il aborde : ce que le diplôme de psychologue garantit et ce qu'il ne garantit pas ; les différences de posture entre thérapies classiques et approches trauma-informées ; les qualités humaines et compétences opérationnelles qui font vraiment la différence dans l'accompagnement des traumas complexes et des traumas d'attachement ; les vrais garde-fous contre les abus et les emprises — quel que soit le titre ; et le débat en cours en France sur la légitimité à exercer des non-psychologues.


Il ne cherche pas à dénigrer les psychologues — beaucoup font un travail remarquable. Il cherche à vous donner les repères pour choisir un accompagnement à la hauteur de ce que vous portez.



La France est structurellement sous-équipée pour répondre aux traumas complexes.


Pas par mauvaise volonté. Pas par manque de professionnels compétents. Mais parce que la formation initiale des psychologues et psychiatres n'intègre pas systématiquement les approches trauma-informées. Parce que les structures publiques qui accueillent les personnes les plus vulnérables — CMP, hôpitaux, CRPT — sont débordées et ne financent pas les spécialisations nécessaires. Parce que les thérapies reconnues scientifiquement ont été validées sur des profils simples, pas sur les cas complexes. Et parce que le titre de psychothérapeute protège un mot, pas une compétence.


Le résultat concret : des personnes polytraumatisées qui consultent au Centre Régional du Psychotraumatisme et se voient proposer un suivi analytique mensuel avec une psychologue non familière du trauma complexe interpersonnel. Qui se font refuser dans des centres spécialisés parce qu'elles ont trop de traumatismes simultanés. Qui errent pendant des années entre des professionnels sincères mais inadaptés à leur situation — sans comprendre pourquoi rien ne change vraiment.


Cet article ne cherche pas à dénigrer les professionnels de santé mentale. Il cherche à nommer ce que ce système ne dit pas clairement — pour que vous puissiez poser les bonnes questions et trouver ce dont vous avez vraiment besoin.



Dans les groupes Facebook consacrés aux traumas, à la dépression ou aux survivants d'abus, une recommandation revient souvent : "Adressez-vous en priorité à un psychologue diplômé."


Ce conseil est bien intentionné. Et partiellement juste.


Mais pour les personnes qui ont déjà vu un ou plusieurs psychologues sans résultat suffisant sur leurs traumas, cette recommandation peut être décourageante — voire culpabilisante.


Comme si le problème venait d'elles, et non de l'adéquation entre leur situation et l'approche reçue.


Il mérite donc d'être nuancé.


Voici ce que j'ai lu récemment dans un groupe dédié aux survivants de traumatismes. Une femme raconte l'histoire de sa mère : cinquante ans de dépression traitée uniquement par médicaments. Cinquante ans sans qu'aucun psychiatre ne lui ait proposé une psychothérapie, ni cherché à comprendre l'origine de sa souffrance. Des consultations de quinze minutes pour renouveler l'ordonnance. Un diagnostic de troubles bipolaires posé sans jamais avoir entendu son histoire — sans savoir qu'elle avait subi des maltraitances dans l'enfance, des violences conjugales pendant des années, un isolement total. C'est sa fille — pas les médecins — qui a compris que ce que sa mère vivait ressemblait bien plus à un trouble de stress post-traumatique complexe qu'à une bipolarité. Et c'est elle qui a découvert l'existence des Centres Régionaux du Psychotraumatisme — dont aucun des médecins rencontrés n'avait entendu parler.


Cette histoire n'est pas exceptionnelle. Elle est représentative de ce que vivent des milliers de personnes en France.


Ce n'est pas une question de mauvaise volonté des médecins. C'est une question de formation — et de ce que le diplôme de psychologue ou de psychiatre garantit, et ne garantit pas.


Ce que le diplôme de psychologue garantit


Le titre de psychologue est protégé par la loi du 25 juillet 1985. Pour l'obtenir, il faut une licence de psychologie, un master (bac +5), et un stage professionnel d'au minimum 500 heures. C'est une formation universitaire sérieuse, qui donne des compétences réelles en psychopathologie, en évaluation clinique, en écoute et en cadre déontologique.


Ce que le diplôme garantit : une formation théorique solide, une capacité à évaluer une situation clinique, un cadre éthique clair.


Ce que le diplôme ne garantit pas : une spécialisation dans les traumas complexes — ni une obligation de supervision continue après le diplôme, ni d'avoir suivi soi-même une thérapie personnelle. Ces exigences, qui semblent pourtant fondamentales pour travailler sur des traumas profonds, sont en réalité plus courantes dans certaines formations spécialisées privées que dans les cursus universitaires classiques.


Un autre point rarement dit : la formation universitaire de psychologie est essentiellement théorique. Les stages obligatoires (400h en M1, 500h en M2) sont principalement des stages d'observation en institution — hôpitaux, CMP, associations. L'étudiant conduit quelques entretiens supervisés, rédige des bilans psychologiques. Ce n'est pas une formation aux outils d'intervention clinique — c'est une initiation au terrain.


Les "outils" de psychothérapie — techniques concrètes d'intervention, protocoles structurés, méthodes comme l'EMDR, la thérapie sensorimotrice ou l'IFS — sont quasi absents des cursus initiaux, ou enseignés de façon purement théorique. C'est pourquoi beaucoup de psychologues suivent, à leurs frais et après leur diplôme, des formations privées pour acquérir ces outils. Ce que cela implique : un praticien spécialisé trauma sans titre de psychologue peut avoir cumulé davantage d'heures de formation pratique aux outils cliniques trauma-informés qu'un psychologue nouvellement diplômé qui n'a pas encore suivi ces formations complémentaires.


La spécialisation trauma demande un investissement personnel et professionnel important — c'est pourquoi tous les praticiens ne font pas ce chemin, même avec un bon diplôme de base.


Une réalité structurelle s'y ajoute : les psychologues salariés dans le secteur public — en CMP, hôpitaux, associations — sont souvent peu rémunérés, avec des débuts de carrière entre 1 800 et 2 500 € nets mensuels. Or une formation spécialisée en EMDR, PTR ou TIST représente entre 1 500 et 3 000 € — parfois davantage, une formation au niveau Maitre Praticien en hypnose ou PNL pour accompagner sur les changements au quotidien dépasse les 10 000 €, une formation pour aborder l'impact du système familial et de l'histoire transgénérationnelle c'est encore 3000 €, une formation à la thérapie narrative pour retisser une identité comptez 2000 €... au total un spécialiste qui veut pouvoir accompagner globalement et pour une transformation concrète doit investir plus de 20 000 € en formations. Sur ce niveau de salaire, sans soutien de l'employeur, c'est un investissement difficile à assumer. Et les institutions publiques financent rarement ces formations spécialisées en trauma. Ce n'est pas un manque de motivation — c'est une contrainte économique réelle qui freine la diffusion des approches trauma-informées là où les personnes les plus vulnérables sont justement prises en charge.


A propos d'argent, une idée circule parfois sur les réseaux sociaux : "les thérapeutes ne cherchent qu'à faire du fric." Je comprends d'où vient cette triste impression — Facebook est saturé de publicités de coachs et thérapeutes, et c'est devenu inévitable parce que les usages ont changé. Mais si on croit vraiment que c'est la motivation principale, on méconnaît la réalité économique de la profession : plus de la moitié des thérapeutes indépendants en France vivent sous le SMIC ou proches du seuil de pauvreté. Ce n'est pas le métier de ceux qui cherchent à s'enrichir. C'est souvent le métier de ceux qui ont eux-mêmes traversé quelque chose — et qui ont choisi de mettre cette expérience au service des autres.

Un paradoxe économique mérite d'être nommé : les thérapies orientées solution — celles qui visent à donner un maximum d'autonomie au client le plus rapidement possible — sont précisément les moins rentables pour le praticien. Moins de séances par client signifie un renouvellement de clientèle constant, et aucune rente sur la durée.

Avec une marge moyenne de par exemple 50 € après impôts et hors frais fixes, il faudrait 400 séances pour amortir les seules formations — sans compter la supervision, les frais de cabinet, les temps non facturés. Ce n'est pas le modèle économique de quelqu'un qui cherche à maximiser ses revenus. C'est le modèle de quelqu'un qui a misé sur l'efficacité plutôt que sur la durée.

Pour ce qui me concerne : j'ai quitté une carrière dans le conseil international où mes revenus étaient sans commune mesure avec ce que je gagne aujourd'hui. Ce n'est pas un regret — c'est un choix. Un choix que beaucoup de thérapeutes ont fait.


Un contexte législatif qu’il faut comprendre


Une reforme qui protège un titre


Le titre de psychologue est protégé par la loi depuis 1985. Celui de psychothérapeute l’est depuis 2010, après une réforme initiée en 2004 par l’« amendement Accoyer ». Avant cela, le titre n’était pas réglementé en France. (legifrance.gouv.fr)


Cette réforme est née dans un contexte réel de préoccupations autour des dérives sectaires et des pratiques abusives. Mais elle a aussi suscité d’importantes critiques dans le monde de la psychothérapie.


Des organisations comme la Fédération Française de Psychothérapie et Psychanalyse (FF2P) ou l’European Association for Psychotherapy (EAP), qui travaillaient déjà depuis des années à structurer la profession avec des critères de formation, de supervision et de thérapie personnelle, ont reproché à la loi de protéger avant tout des titres universitaires plutôt que des compétences cliniques spécialisées.


Le médecin psychiatre et thérapeute systémique Jacques-Antoine Malarewicz écrivait ainsi dans une revue professionnelle que la réforme risquait de « frapper paradoxalement » des praticiens déjà formés et supervisés, sans empêcher pour autant les pratiques douteuses de continuer sous d’autres appellations.


Le point important à comprendre est le suivant : la loi encadre principalement l’usage du mot « psychothérapeute ». Elle ne garantit pas qu'un titulaire du titre soit spécifiquement formé à la conduite d'une psychothérapie approfondie et encore moins à une approche particulière du traumatisme. Voici ce que dit le Décret n° 2010-534 du 20 mai 2010 relatif à l'usage du titre de psychothérapeute :

  • L'inscription sur le registre national des psychothérapeutes mentionné à l'article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée est subordonnée à la validation d'une formation en psychopathologie clinique de 400 heures minimum et d'un stage pratique d'une durée minimale correspondant à cinq mois effectué dans les conditions prévues à l'article 4. L'accès à cette formation est réservé aux titulaires d'un diplôme de niveau doctorat donnant le droit d'exercer la médecine en France ou d'un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse

  • La formation mentionnée à l'article 1er vise à permettre aux professionnels souhaitant user du titre de psychothérapeute d'acquérir et de valider des connaissances relatives :

    1° Aux développement, fonctionnement et processus psychiques ;

    2° Aux critères de discernement des grandes pathologies psychiatriques ;

    3° Aux différentes théories se rapportant à la psychopathologie ;

    4° Aux principales approches utilisées en psychothérapie.

  • Le contenu est précisé dans l'arrêté du 8 juin 2010 relatif à la formation en psychopathologie clinique conduisant au titre de psychothérapeute

  • Les professionnels justifiant d'au moins cinq ans de pratique de la psychothérapie à la date de publication du présent décret peuvent être inscrits sur la liste départementale mentionnée à l'article 7 alors même qu'ils ne remplissent pas les conditions de formation et de diplôme prévues aux articles 1er et 6 du présent décret


En somme, la formation exigée contient un volume important d'heures sur la psychopathologie clinique, le repérage des troubles psychiatriques et une connaissance des grands modèles psychothérapeutiques dont le panel varie d'une université à l'autre (certaines université se focalisent sur la psychanalyse, d'autres mêlent les orientations comportementales-cognitives, systémiques et psychodynamiques, certaines ajoutent l'hypnose, certaines approfondissent les traumas), avec des examens des connaissances. Elle ne repose pas sur une certification spécifique et standardisée des compétences psychothérapeutiques effectives. Elle ne constitue pas non plus une certification dans une méthode particulière de psychothérapie générale ou trauma-informée (TCC, EMDR, thérapie des schémas, IFS, thérapie sensorimotrice, TIST, PTR etc...).


Les psychologues peuvent être d'excellents psychothérapeutes, mais cette compétence résulte souvent de leur formation continue en dehors de leur formation initiale de psychologue, et de leur expérience, ainsi que de leurs qualités humaines (une étude montre que la qualité de la relation prime sur la méthode) non du fait de leur seul titre procuré légalement par leur formation initiale.


Autrement dit : un diplôme de psychologue garantit un cadre universitaire. Mais il ne permet pas de savoir automatiquement si la personne est réellement formée au traitement des traumas complexes.


Et inversement, certains praticiens non psychologues peuvent avoir suivi plusieurs centaines d’heures de formations spécialisées en psychotraumatologie, supervision clinique, régulation du système nerveux ou approches somatiques — parfois davantage qu’un psychologue généraliste n’ayant pas poursuivi de spécialisation post-universitaire.


D’ailleurs, beaucoup de psychologues eux-mêmes reconnaissent que le diplôme universitaire constitue surtout une base générale — et non une spécialisation opérationnelle dans la prise en charge des traumas complexes.


Dans les faits, de nombreux psychologues poursuivent après leur master des formations privées complémentaires en EMDR, IFS, thérapie sensorimotrice, hypnose, TCC trauma-focalisée, somatic experiencing ou approches dissociatives. Ce n’est pas marginal : c’est devenu presque la norme chez les praticiens qui souhaitent travailler en profondeur avec le psychotraumatisme.


Beaucoup de psychologues sérieux considèrent eux-mêmes que leur véritable formation clinique commence après le diplôme, à travers la supervision, la pratique, le travail personnel et les spécialisations post-universitaires.


La vraie question n’est donc pas seulement : « cette personne est-elle psychologue ? »


Mais aussi : « est-elle spécifiquement formée au type de souffrance que je traverse ? »


Un dernier point rarement nommé : beaucoup de personnes ayant traversé des traumas complexes ont développé, à force de chercher, une connaissance fine de leur propre fonctionnement. Elles ont lu, comparé, expérimenté. Elles savent souvent mieux que quiconque ce qui les aide et ce qui les aggrave. Un accompagnant efficace dans ce domaine sait reconnaître cette expertise — et s'appuyer dessus plutôt que de la contredire. La posture du "sachant" qui remet en question la perception de la personne est l'une des formes les plus courantes — et les plus dommageables — de ce qu'on appelle la victimisation secondaire.


Les attaques de non-psychologues par des psychologues défendant leur titre en France


La logique du titre amené par le loi de 2010 alimente en France un débat tendu autour du titre de psychothérapeute et des pratiques des non-psychologues. Ce débat est légitime dans sa dimension de protection du public — et cet article en tient compte. Il devient problématique quand il prend la forme d'attaques personnelles - parfois en "meute", d'intimidation, ou de tentatives de discréditer des praticiens formés et supervisés. J'en ai été témoin sur Facebook. Ces comportements ne protègent pas le public. Ils défendent un monopole. On peut comprendre que les années d'études avec examens puissent créer un sentiment d'agacement face à des thérapeutes qui ont choisi une autre voie et d'autres approches, par exemples les thérapies orientées solutions / thérapies brèves (approches pragmatiques orientées changement développées par des psychologues et psychiatres insatisfaits de leur pratique qu'ils jugeaient trop longues ou inefficaces ou trop psychopathologisantes, des linguistes, mathématiciens, systémiciens, anthropologues...) considérées dans les années 60 comme du charlatanisme, ou le coaching qui en est une adaptation orientée sur l'atteinte d'objectifs, également discrédité par des psychologues.


Ce phénomène semble d'ailleurs spécifiquement français. Une praticienne exerçant à l'étranger témoignait : "J'ai pas mal de soucis uniquement avec les psychologues de France — j'officie à l'étranger, personne ne me fait cette réflexion." Une autre personne ajoutait : "Il n'y a qu'en France qu'on a ce genre de soucis. Les médecins contre les naturopathes, les sages-femmes contre les doulas, les psys contre les thérapeutes... ça fait tellement mal de voir qu'on a beau faire des années d'études, on aide parfois moins bien que ceux qui en ont le moins fait mais qui restent formés à la page et passionnés."


Dans le même fil, quelqu'un répondait à une psychologue particulièrement agressive : "L'agressivité et le mépris n'ont jamais été des critères de scientificité ou d'éthique. Ils sont souvent le refuge de ceux qui manquent d'arguments. Se draper derrière l'EBP [les pratiques qui ont fait l'objet d'études scientifiques pour en mesure l'efficacité] pour disqualifier des approches complémentaires est un contresens : le premier pilier du soin reste le bénéfice du patient."


Et enfin, cette personne concernée, s'adressant à une thérapeute sur Facebook : "Personnellement, aucun psy ou psychiatre n'a pu m'aider, j'en ai vu plus d'une dizaine. Merci aux thérapeutes comme vous que j'ai pu rencontrer et qui ont pu réellement m'apporter des clés concrètes."


Ce qui est peut-être le plus éloquent dans ce débat, ce sont les voix qui viennent de l'intérieur. Une psychologue clinicienne ayant validé un master 2 en faculté écrivait récemment : "Je peux vous dire que je n'ai rien appris durant ces 5 années. Je me suis formée par la suite, en suivant des formations (EMDR, Somatic Experiencing...). Mon parcours professionnel serait à refaire, je n'irais pas à la fac." Ce n'est pas une exception — c'est ce que beaucoup de psychologues reconnaissent en privé.


Une psychomotricienne, professionnelle de santé diplômée, et dont un collaborateur psychopédagogue est également victime de dénigrement de la part de psychologues, le résumait ainsi dans le même fil de discussion : "Ce qui compte c'est la bienveillance de celui qui pratique, ses méthodes et les résultats — pas forcément un diplôme. Quand je vois des personnes méchantes qui se permettent de mal parler alors qu'ils sont censés faire une profession pour aider les personnes, je me demande vraiment à quoi sert leur diplôme."


À noter également que le titre de psychothérapeute n'est pas automatiquement accordé à tout psychologue. Depuis le décret d'application de 2010, un psychologue — y compris un psychologue du travail — doit satisfaire à des conditions spécifiques pour s'inscrire sur le registre national des psychothérapeutes : notamment une formation complémentaire en psychopathologie clinique et un stage pratique. Le titre de psychologue et le titre de psychothérapeute sont distincts en droit français.


Ce débat gagnerait à prendre une autre direction. Comme le résumait quelqu'un dans ce même fil : "Le besoin de soins en santé mentale ne cesse de s'accroître — et ce n'est pas en se tirant les uns sur les autres que sa prise en charge va s'améliorer. Essayez peut-être de construire un réseau intelligent où chacun, grâce à ses capacités, amène une pierre à l'édifice."


Une sous-reconnaissance des traumas complexes dans les diagnostiques psychiatriques


Un phénomène largement discuté dans la littérature trauma-informée depuis les travaux de Judith Lewis Herman dans les années 1990 concerne la sous-reconnaissance des traumas complexes dans les diagnostics psychiatriques. Herman observait déjà que de nombreuses victimes de traumatismes prolongés recevaient des diagnostics comme troubles de la personnalité borderline, bipolarité ou autres troubles sévères de la régulation émotionnelle, sans que l’histoire traumatique soit réellement intégrée à la compréhension clinique.

Depuis, plusieurs publications scientifiques ont documenté les recouvrements importants entre TSPT complexe, trouble borderline et troubles de la régulation émotionnelle, au point que certains cliniciens et chercheurs considèrent qu’une partie des patients diagnostiqués borderline pourraient relever, au moins en partie, d’un psychotraumatisme complexe insuffisamment identifié.


La psychiatre Coraline Hingray, du Centre Régional du Psychotraumatisme de Nancy, explique lors d'une interview sur France Inter en juin 2026 que pendant 10 ans elle est passé à côté de la détection des troubles dissociatifs - en particulier le Trouble de la Dissociation de l'Identité - des personnes victimes d'inceste, jusqu'à ce qu'à ce qu'elle s'y forme. Elle admet avoir dû déconstruire ses propre préjugés sur les diagnostics psychiatriques de ses patients traumatisés, par exemple sa focalisation sur le trouble de la personnalité histrionique. Elle a dû se former pour se spécialiser sur la dissociation, notamment avec le concept des parties (enseigné par exemple par Janina Fisher pour la prise en charge du Trouble Dissociatif de la Personnalité).


Cela ne signifie pas que les diagnostics de bipolarité, de trouble borderline ou d’autres troubles psychiatriques seraient “faux” en eux-mêmes, mais que plusieurs chercheurs et cliniciens spécialisés en psychotraumatologie ont souligné l’existence de recouvrements diagnostiques importants lorsque l’histoire traumatique n’est pas suffisamment explorée.


Quand quelqu'un rapporte des faits réels de violence et qu'on lui répond par un diagnostic psychiatrique, on ne va pas à la source du problème. On pathologise la réponse normale d'une personne à une situation anormale. Et on ne remet jamais en question la santé mentale de ceux qui ont causé les dommages.


La réalité des formations universitaires


Les cursus de psychologie varient significativement d'une université à l'autre — dans leur contenu, leurs références théoriques, et leur place accordée aux traumas.


Beaucoup de masters de psychologie clinique sont historiquement ancrés dans les approches psychanalytiques ou psychodynamiques — approches qui ont leur valeur pour certaines problématiques, mais qui ne constituent pas une spécialisation trauma au sens où on l'entend aujourd'hui.


Quelques exemples concrets :


Le master de psychologie clinique de l'Université de Tours intègre les TCC comme principale référence pour les états de stress post-traumatique — sans mention des approches corpo-sensorielles ou des modèles anglosaxons récents.


L'Université d'Angers propose un parcours psychologie du traumatisme, ancré dans une perspective psychodynamique et psychanalytique — pertinent, mais différent des approches comme l'EMDR, la thérapie sensorimotrice ou la PTR.


Il existe des masters vraiment spécialisés en psychotraumatologie — comme à l'Université Côte d'Azur, avec 17 places par promotion — et des DU complémentaires à Toulouse, Paris Cité, Lorraine, Aix-Marseille. Mais ces formations restent minoritaires. La grande majorité des psychologues diplômés n'ont pas suivi ce type de spécialisation.


Une psychologue clinicienne me confiait récemment : "Mon diplôme ne m'a pas servi à grand chose, si ce n'est avoir un titre et ouvrir des portes. Je me suis vraiment formée après — avec un DU sur l'attachement, la théorie polyvagale, l'IFS et maintenant le TIST." Ce témoignage, venant d'une professionnelle diplômée elle-même, dit peut-être mieux que tout argument ce que le diplôme garantit — et ce qu'il ne garantit pas.


La conséquence pratique : un psychologue fraîchement diplômé peut n'avoir reçu que quelques heures de formation sur le trauma complexe — voire aucune sur les approches comme l'EMDR, la thérapie sensorimotrice, l'IFS, qui sont des standards internationaux dans ce domaine.


Ce que les experts du trauma eux-mêmes disent


Trois références mondiales du psychotraumatisme — Bessel van der Kolk, Peter Levine et Janina Fisher — témoignent toutes avoir dû remettre en question leur formation initiale pour devenir efficaces avec les traumas complexes. Van der Kolk a abandonné une large part de sa psychiatrie classique. Levine a trouvé sa formation académique incomplète sur ces profils. Fisher a découvert que les études validant les thérapies les plus reconnues avaient été menées en excluant délibérément les patients les plus complexes — construisant des preuves d'efficacité sur les profils les plus accessibles, pas sur ceux qui en auraient le plus besoin.


Ce n'est pas une anecdote. C'est ce qui a conduit au développement des approches trauma-informées modernes — précisément parce que les outils existants ne suffisaient pas sur les cas les plus difficiles.


Pour aller plus loin sur la comparaison des approches trauma → lire l'article sur la PTR


Cinq différences de posture qui changent tout


Au-delà du diplôme, ce qui fait la différence dans l'accompagnement des traumas complexes, c'est souvent la posture du thérapeute — indépendamment de son titre.


1. Explorer ou transformer


La thérapie classique — psychanalytique ou psychodynamique — cherche à comprendre, à mettre des mots, à élaborer. C'est précieux pour certaines personnes. Mais les mémoires traumatiques ne sont pas stockées dans les pensées conscientes. Elles vivent dans le corps, dans les réflexes automatiques, dans des couches que la parole seule n'atteint pas directement. Comprendre d'où vient sa souffrance ne suffit pas toujours à la transformer.


Séverine Guillin, formatrice PTR et spécialiste de l'estime de soi à l'IMHEB (Institut Milton H. Erickson de Belgique, fondé par Gérald Brassine), l'observe même sur un sujet qui semble purement "psychologique" : il n'est pas possible d'aller en profondeur sur la rémission de l'estime de soi sans passer par l'hypnose — c'est-à-dire sans accéder à des couches plus profondes que la seule parole consciente.


Les approches trauma-informées — EMDR, PTR, thérapie sensorimotrice, IFS, TIST — cherchent à transformer l'enregistrement lui-même, là où il est stocké. C'est une logique différente, pas supérieure — simplement adaptée à un autre niveau du problème.


2. Durée ouverte ou objectifs définis


Dans une thérapie classique, la durée est souvent ouverte et non définie. Cela peut être une force — l'espace existe pour ce qui émerge. Mais sans repères, certaines personnes s'enlisent pendant des années sans savoir si quelque chose avance.


Les approches brèves trauma-informées définissent des objectifs ensemble dès les premières séances — pas pour mettre la pression, mais pour que la personne puisse observer que quelque chose bouge. Ce n'est pas une injonction de performance. C'est une boussole.


3. La parole seule ou le corps inclus


La grande majorité des formations universitaires de psychologie en France préparent à un travail par la parole — l'entretien, l'écoute, l'interprétation. Le corps est peu ou pas intégré dans ces formations initiales.


Or les traumas complexes — en particulier les traumas précoces, les abus, les traumas relationnels répétés — s'impriment dans le corps autant que dans la psyché. Une approche qui ne travaille qu'avec les mots traite l'étage du dessus, pas les fondations.


Gérald Brassine, psychothérapeute belge depuis 1975, de formation psychanalytique avant de se former aux thérapies brèves aux États-Unis, le formule sans détour : "Ce n'est pas qu'en parler ne sert à rien : cela a plutôt tendance à augmenter la souffrance. Raconter, se remémorer, remet une fois de plus en état de choc, fait revivre l'horreur ou l'impuissance… On pousse là où ça fait mal. On appelle cela la victimisation secondaire !"


Ce constat — venant d'un praticien formé à la psychanalyse lui-même — dit quelque chose d'important : le problème n'est pas la parole en soi, mais la façon dont on l'utilise. Raconter sans transformer l'enregistrement traumatique peut aggraver plutôt qu'alléger.


4. L'expert qui sait ou le thérapeute stratégique


La posture classique positionne le thérapeute comme un observateur neutre et expert de la psyché, qui interprète. La posture des thérapies orientées solution est plus active — le thérapeute cherche en collaboration avec son client, ajuste sa démarche, propose différents outils et expériences, mesure les effets. Il ne "sait pas mieux" que le client ce qu'il vit, mais il a des outils pour aller chercher ce que le client n'arrive pas à atteindre seul. Le praticien en thérapie brève œuvre avec son client à permettre un accompagnement vraiment transformateur de la souffrance et des nœuds dans sa vie.


Cette différence de posture se reflète jusque dans le vocabulaire. Beaucoup de psychologues et de psychiatres parlent de "patient" ou de "sujet" — termes qui renvoient à une personne traversée par des déterminismes psychiques inconscients, que le professionnel observe et interprète. Les approches en thérapies brèves préfèrent souvent le mot "client" — parce qu'elles cherchent à restaurer l'agentivité et le pouvoir d'action de la personne. Ce n'est pas un simple choix de vocabulaire : c'est une différence de paradigme profonde sur ce qu'est le rôle du thérapeute et ce qu'est la personne qui consulte.


5. La transformation intérieure ou l'ancrage dans la vie concrète


Un écueil fréquent dans les thérapies, y compris trauma-informées : le travail reste dans la salle de consultation. La personne se sent mieux en séance, quelque chose a bougé — mais le transfert dans la vie quotidienne est lent, partiel, ou nécessite un accompagnement supplémentaire que le thérapeute ne propose pas.


C'est là qu'intervient la dimension coaching — et notamment le coaching somatique et la PNL dans ses évolutions récentes. La PNL, développée par Richard Bandler et John Grinder puis enrichie par Robert Dilts, est aujourd'hui le socle de la majorité des approches de coaching de vie et a directement inspiré de nombreuses thérapies brèves. Elle fournit des outils concrets pour ancrer les changements intérieurs dans des comportements, des décisions et des situations de vie réels.


Dans sa modalité somatique, ce travail se fait souvent debout, en mouvement — marcher sur sa ligne du temps, changer de position dans l'espace pour changer de perspective, incarner physiquement une ressource plutôt que de simplement y penser. Ce n'est pas anecdotique : mettre du mouvement dans le corps aide à remettre du mouvement dans la vie. Le changement devient littéralement corporel avant d'être cognitif.


La thérapie narrative complète ce travail sur un autre axe : celui de l'identité. Après avoir désensibilisé ce qui faisait mal, après avoir ancré de nouveaux comportements, il reste souvent à reconstruire une histoire de soi cohérente — une façon de se raconter qui intègre ce qu'on a traversé sans en être défini. La thérapie narrative aide à passer de "je suis quelqu'un d'abîmé" à "j'ai traversé quelque chose de difficile, et voilà qui je suis au-delà de ça." C'est la dimension reconstruction identitaire et estime de soi — souvent la dernière phase, et souvent la plus libératrice.


Ce que ça change concrètement : après avoir travaillé sur la blessure sous-jacente, on peut travailler ensemble sur comment vous affirmez vos limites dans votre famille, comment vous prenez une décision professionnelle qui vous attendait depuis longtemps, comment vous gérez une confrontation difficile sans vous effondrer ou exploser — et comment vous vous racontez à vous-même et aux autres qui vous êtes vraiment.


On ne s'arrête pas à "ça va mieux" — on accompagne "qu'est-ce que ça change dans ma vie, maintenant ?"


Mon parcours de formation — à titre de comparaison


À titre de comparaison : mon parcours cumule près de 800 heures de formation dans les approches trauma-informées, thérapies brèves et coaching — PTR (Psychothérapie du Trauma Réassociative), Programmation Neuro Linguistique (certifié Bandler Society et fédération NLPNL), constellations familiales, thérapie narrative, coaching somatique (Judith Delozier), formation au traitement du harcèlement avec le Dr Philippe Aïm (psychiatre et spécialiste des thérapies brèves), TIST (Janina Fisher - en cours), régulation du système nerveux (Linda Thai). S'y ajoutent 1000 heures de pratiques corporelles complémentaires pouvant, en option, participer à se réassocier à son corps, s'y sentir bien, se recentrer, apaiser le système nerveux et relancer la vitalité.

Ces formations ont toutes été suivies avec supervision et pratique clinique intégrée.


Tout cela ne signifie pas que les psychologues sont moins bons que les thérapeutes spécialisés trauma. Beaucoup de psychologues se forment eux-mêmes en continu aux approches trauma-informées — en EMDR, en TCC trauma-focalisée, en thérapie sensorimotrice. Les lignes bougent, en France aussi.


Et la thérapie classique a sa valeur propre — pour des personnes qui cherchent un espace de parole régulier pour réfléchir à leur vie, traverser une période difficile, élaborer une décision importante. Ce n'est pas la même chose qu'un travail profond de désensibilisation des enregistrements traumatiques. Les deux répondent à des besoins différents.


La vraie question n'est donc pas "psychologue ou pas" — c'est : est-ce que ce thérapeute est spécifiquement formé aux traumas complexes, est-ce que son approche travaille au niveau où mon problème s'est constitué, et va-t-il m'aider à améliorer ma vie concrètement ?



Ce que disent ceux qui ont cherché longtemps


"Il faut vraiment que les praticiens rencontrés soient formés aux psycho traumas, autrement on perd son temps et son argent." — une survivante de traumatismes complexes, groupe Facebook


Cette phrase dit quelque chose d'important : la souffrance des personnes avec des traumas complexes mérite un accompagnement à la hauteur de leur complexité. Pas un accompagnement généraliste appliqué à une situation qui demande une expertise spécifique.


Une autre personne, dans le même groupe, témoigne avoir trouvé un service spécialisé en trauma complexe — et décrit pourtant un parcours "long et douloureux, très douloureux." Elle ajoute qu'il faut être prêt à parler de son passé, que c'est la seule façon d'aller mieux.


Ce témoignage dit deux choses importantes à la fois : oui, la spécialisation trauma est indispensable. Mais la spécialisation seule ne suffit pas — l'approche utilisée compte autant que le cadre. Travailler sur des traumas complexes n'est pas nécessairement long et douloureux. C'est souvent ce qu'on observe quand l'approche utilisée demande de revivre ou de raconter en détail. Les approches trauma-informées modernes — comme la PTR — sont précisément conçues pour transformer sans retraumatiser, et souvent en bien moins de séances qu'une thérapie classique.


Ce que j'observe dans ma pratique


Une des mes clientes était terrorisée par les hommes suite à des maltraitances dans son adolescence. Elle avait essayé plusieurs approches sans résultat suffisant sur cette dimension-là. En deux séances combinant PNL et approche corporelle, elle a décrit une impression de "passer au cap supérieur en termes de maturité émotionnelle."


Une autre cliente, neuro-atypique et hypersensible, se sentait déprimée et facilement submergée par certains de ses proches. Sa psychothérapie ne suffisait pas. Dès les deux premières séances, elle ne se sentait plus impactée par les mots de certaines personnes de son entourage, se sentait plus combative et de meilleure humeur.


Une autre, qui a suivi 15 ans de psychanalyse, me disait à la 4eme séance : "je suis toujours surprise ici, et c'est signe que c'est plus authentique qu'une prise à de tête à essayer de chercher et comprendre, c'est plus naturel. Je repars le cœur rempli et ouvert."


Ce ne sont pas des miracles. Ce sont des situations où l'approche utilisée correspondait enfin au niveau où le problème s'était constitué.


Gérald Brassine, fondateur de la PTR et psychothérapeute depuis 1975, résume bien l'essentiel : "Consultez quelqu'un de compétent avec une approche connue pour sa douceur et donc sa rapidité et efficacité. La PTR est un bon exemple mais il y en a d'autres." Ce qui compte, c'est la compétence et l'adéquation de l'approche — pas le titre.


Le coût réel d'une errance thérapeutique


Il y a une dimension rarement nommée dans ces discussions : le coût humain et financier d'un parcours thérapeutique long sur des traumas complexes non reconnus.


Dans un groupe Facebook consacré aux traumas, une personne témoigne récemment : des dizaines de milliers d'euros dépensés en thérapie sur plus de 20 ans, tant qu'elle avait un salaire pour suivre, aujourd'hui elle ne peut plus se le permettre.


La suite de son témoignage est importante : elle précise avoir "totalement changé" — mais n'être sortie d'amnésie traumatique que 8 ans avant d'écrire ce message. Sa situation était extrêmement complexe — plusieurs agresseurs, des traumas parmi les plus graves qui soient. Elle ajoute : "Les psys ne sont pas formés au psychotraumatisme. C'est ce que j'essaie de faire bouger dans ma ville... mais ça ne les intéresse pas de se former."


Ce témoignage ne dit pas que la thérapie ne sert à rien. Il dit quelque chose de plus précis : quand les traumas complexes ne sont pas reconnus comme tels dès le départ, le parcours est inutilement long, inutilement coûteux — même pour quelqu'un qui finit par s'en sortir.


La bonne approche, plus tôt, aurait pu changer l'échelle du parcours.


C'est précisément ce que les approches trauma-informées cherchent à éviter.


Ce que le diplôme ne garantit pas — les vrais garde-fous


Il y a quelque chose de difficile à dire — mais qui mérite d'être dit clairement, dans un article qui parle de confiance et de vulnérabilité.


Les abus de thérapeutes existent. Et ils ne sont pas l'apanage des praticiens sans diplôme.


Des psychologues diplômés, des psychiatres, des médecins ont commis des abus sur des patients en situation de vulnérabilité. Des thérapeutes ont utilisé la relation thérapeutique pour instaurer une emprise — émotionnelle, psychologique, parfois physique ou sexuelle. L'emprise thérapeutique est d'autant plus grave que la personne qui consulte est en état de fragilité — et c'est précisément dans ces moments-là qu'elle est le plus exposée.


Il est important de préciser que cette réalité ne se limite pas aux thérapeutes. L'emprise existe partout où un déséquilibre de pouvoir rencontre une vulnérabilité — chez des coachs, des médecins, des managers, des membres du clergé, des enseignants. Les abus sexuels en entreprise en échange de promotions sont documentés et fréquents. C'est un problème structurel — une forme de rapport de domination qui traverse les métiers et les titres — pas une caractéristique propre aux praticiens non diplômés.


Une professionnelle ayant exercé comme assistante médicale le confirme : "Des psychiatres qui violent leurs patientes, on en trouve plusieurs. Des psychologues qui rendent leurs patients dépendants, ou qui empirent leurs traumatismes, il y en a un paquet. Ce sont les témoignages clients et les résultats concrets obtenus qui garantissent la compétence — dans ce monde où on ne peut plus vraiment accorder une confiance aveugle aux gens qui ont les diplômes officiels."


Ce qui protège, ce n'est donc pas un diplôme. C'est une culture éthique, un cadre de supervision, un travail sur soi — et une relation dans laquelle vous vous sentez libre.


Un dernier élément structurel mérite d'être mentionné : l'accès à la formation de psychologue en France est non seulement très sélectif, mais la sélection elle-même est souvent aléatoire. Un témoignage récent le résume bien : "La majorité des masters prennent entre 15 et 20 étudiants et vous avez entre 500 et 2 000 candidatures. Les algorithmes font une première sélection et ensuite vous êtes noyés dans la masse. Perso j'avais une moyenne de 13,7, formée en parallèle aux thérapies ACT, schémas, pleine conscience MBSR et TCC, avec des expériences en milieu hospitalier, en EHPAD et 6 ans d'accompagnement d'enfants et adolescents avec handicaps. La sélection est totalement aléatoire."

L'absence de diplôme de psychologue ne reflète donc pas nécessairement un manque de compétence — mais parfois simplement l'impossibilité structurelle d'accéder à une formation dont l'accès est rationné par des critères qui ne mesurent pas les qualités humaines nécessaires à ce métier.


Une commission d'enquête du Sénat sur le traitement judiciaire de l'inceste a entendu des témoignages de mères protectrices dont les signalements avaient été balayés par des professionnels — parfois des psychologues — qui suggéraient que la mère était folle ou mensongère. Avec des conséquences dramatiques : placements d'enfants, condamnations injustes. La souffrance de l'abus a été redoublée par la souffrance de ne pas être crue par ceux qui auraient dû protéger.


Un expert entendu par cette même commission mentionnait l'existence de "thérapeute je ne sais quoi, psychopraticien ou autre, qui veulent aider sans formation." C'est une réalité — et elle justifie la vigilance. Mais cette vigilance ne se résume pas à vérifier un diplôme.


Ce qui compte vraiment — les vraies questions à se poser


Indépendamment du titre, voici les repères qui comptent réellement pour évaluer si un thérapeute peut vous accompagner en sécurité :


A-t-il ou elle fait sa propre thérapie ?

Travailler sur des traumas, des blessures relationnelles, des états émotionnels intenses — sans avoir exploré les siens — expose à des transferts et contre-transferts non maîtrisés. Ce n'est pas une garantie absolue, mais c'est un indicateur sérieux.


Est-il ou elle supervisé(e) régulièrement ?

La supervision permet à un praticien d'être regardé dans sa pratique par un pair ou un superviseur. C'est une protection pour le client autant que pour le thérapeute.


Travaille-t-il ou elle sur ses propres ombres ?

Dans tous les métiers de l'accompagnement, du soin, du soutien, on peut trouver des personnes qui viennent chercher dans ce métier une réponse à leurs propres besoins — dépendance affective, besoin de contrôle, séduction du pouvoir. Ce n'est pas une condamnation — c'est une réalité humaine. Ce qui compte, c'est la conscience de ces dynamiques et le travail actif pour ne pas les décharger sur les clients.


Travaille-t-il spécifiquement avec les traumas complexes et les traumas relationnels précoces ?

Quelles approches utilise-t-il pour les traumas — et intègrent-elles le corps ? Est-ce qu'il vous impose de revivre ou de raconter des événements douloureux en détail ?


Comment pilote t-il la thérapie ?

Comment vous et lui définissez-vous ensemble des objectifs, et comment saurez-vous que quelque chose avance ?


Est-ce que vous vous sentez libre dans la relation thérapeutique ?

Libre de dire non, de ne pas être d'accord, d'interrompre le travail. Toute relation où vous vous sentez redevable, incapable de partir, sous pression — est une relation à questionner, quel que soit le diplôme affiché.

Si au bout d'1 an vous êtes au même point qu'au départ de la thérapie (en thérapie stratégie on se pose cette question avant la 5eme séance), ou que le thérapeute vous dit que vous choisissez de rester dans le passé et que vous feriez mieux de tourner la page, il est peut-être plus que temps d'aller voir ailleurs


La technologie permet aujourd'hui de commencer un accompagnement en visioconférence — ce qui peut être une option utile pour évaluer un thérapeute à distance, et pour certaines personnes qui ne se sentent pas en sécurité dans un cabinet en présentiel dès le départ.


Les réponses à ces questions vous diront plus sur l'adéquation de l'accompagnement que le titre affiché.


Mon propre parcours et ma déontologie


Je pense qu'il est important de dire ce que j'ai moi-même traversé comme parcours thérapeutique et de formation personnelle — parce que c'est cela aussi qui forge un praticien, autant que les diplômes.


J'ai été accompagné par un psychologue jungien, une psychologue clinicienne lacanienne, un praticien Gestalt, et lors de nombreux week-ends en groupe avec une psychologue qui intégrait des apports de traditions spirituelles et des techniques de thérapies brèves. Je fréquente des cercles d'hommes mensuels depuis 2007 — dont la vocation est précisément de travailler sur nos ombres en tant qu'hommes. J'ai pratiqué nombre de pratiques psycho-corporelles. Et les formations que j'ai suivies intégraient toutes une dimension de travail sur soi — ce qui n'est pas nécessairement le cas dans les cursus universitaires.


Sur le plan déontologique, j'ai signé la charte éthique de l'IMHEB (Institut Milton H. Erickson de Belgique), qui m'engage à une formation continue, une supervision régulière et le respect strict du secret professionnel. Je suis également adhérent de la fédération NLPNL, elle-même membre du SIMACS — le Syndicat des Métiers de l'Accompagnement, du Coaching et du Soin. Ces engagements ne sont pas des garanties absolues — mais ils définissent un cadre éthique auquel je me tiens.


Ce que ça donne concrètement dans ma pratique


Mon accompagnement s'articule en trois axes — non pas séquentiels mais complémentaires, le rythme s'adaptant à chaque personne :


Stabiliser — retrouver un sol intérieur, réguler le système nerveux avant tout autre travail. Sans sécurité de base, rien d'autre n'est possible. Outils : travail somatique, théorie polyvagale (Linda Thai), ancrage, ressources internes.


Libérer — désensibiliser les charges traumatiques là où elles sont stockées, sans reviviscence, sans devoir tout raconter. Outils : PTR (Gérald Brassine / IMHEB), hypnose conversationnelle stratégique, IFS (Frank Anderson - en cours).


Reconstruire — retrouver une identité stable, une image de soi cohérente, une confiance dans le lien — et ancrer les changements dans la vie concrète. Outils : thérapie narrative, PNL, constellations familiales, coaching somatique

Ce qui guide tout ce travail : ne jamais aller plus vite que la personne. La sécurité avant la technique. Le rythme de chacun avant l'efficacité supposée.




Si vous souhaitez explorer si mon approche peut vous correspondre, je propose un premier échange téléphonique de 20 minutes, gratuit et sans engagement.


Sylvain Geyskens - Qualité d'Être - Hypnose, Coaching & Thérapie du lien - Bures-sur-Yvette, Paris 9e et en visio




À noter


Cet article ne remet pas en question la nécessité d'un suivi médical et psychiatrique pour les personnes qui en ont besoin — notamment pour la gestion des traitements médicamenteux, le diagnostic, ou les situations de crise. Je ne suis pas médecin et ne me substitue en aucun cas à un professionnel de santé.


Ce que je propose s'inscrit en complément d'un suivi médical existant, ou pour des personnes qui cherchent un accompagnement thérapeutique et de coaching spécialisé dans les traumas complexes — sans situation de crise aiguë nécessitant une prise en charge médicale immédiate.


Si vous êtes sous traitement psychiatrique, tout changement de traitement doit être discuté avec votre médecin.




Sources et références


Judith Herman — texte fondateur sur le trauma complexe


  • Judith Lewis Herman — Complex PTSD: A Syndrome in Survivors of Prolonged and Repeated Trauma (1992)

    DOI : 10.1002/jts.2490050305

    Publication : Journal of Traumatic Stress

    Accès : Article référencé 


  • Trauma and Recovery — ouvrage fondateur ayant popularisé la notion de trauma complexe et la critique de certaines erreurs diagnostiques chez les survivants de traumatismes prolongés.

    Présentation : Trauma and Recovery overview 


Trauma complexe et chevauchements diagnostiques


  • Marylene Cloitre, Judith Herman, Bessel van der Kolk et al. — A developmental approach to complex PTSD: childhood and adult cumulative trauma as predictors of symptom complexity (2009)

    Publication : Journal of Traumatic Stress

    PubMed : PubMed article 


  • Version PDF / résumé académique :

    ResearchGate PDF 


Reconnaissance récente du TSPT complexe


  • PTSD and complex PTSD, current treatments and debates: a review of reviews (2025)

    Revue scientifique de synthèse rappelant que Judith Herman a introduit le concept de trauma complexe dès 1992, bien avant sa reconnaissance officielle dans la CIM-11.

    Accès : PMC review article 


  • Improvements of complex post-traumatic stress disorder symptoms during a multimodal psychodynamic inpatient rehabilitation treatment (2024)

    L’article rappelle que Herman soulignait déjà dans les années 1990 que certains diagnostics comme schizophrénie ou borderline pouvaient masquer les effets de violences répétées.

    Accès : PMC article 


  • Long-Term Improvements of Complex PTSD Symptoms… (2025)

    Reprend explicitement les critiques historiques de Judith Herman sur les diagnostics psychiatriques attribués aux survivants de traumatismes prolongés.

    Accès : PMC follow-up study 


Articles de vulgarisation sérieux sur les confusions diagnostiques


  • Complex PTSD | Trauma Network

    Synthèse pédagogique sur le TSPT complexe, incluant les fréquentes confusions avec le trouble borderline ou la bipolarité.

    Trauma Network article 


  • Is this actually PTSD? Clinicians divided over redefining borderline personality disorder — The Guardian (2024)

    Article sur le débat actuel autour des recouvrements entre trauma complexe et trouble borderline.

    Guardian article 

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