Les conditions du changement thérapeutique
- sylvaingeyskens
- 8 avr.
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Dernière mise à jour : 9 avr.
Lorsqu’une personne entreprend un travail sur elle-même, une question revient souvent : qu’est-ce qui permet réellement le changement ?
Derrière cette question, il y a souvent une autre préoccupation : est-ce que ça peut vraiment marcher pour moi ?
Et aussi : dans quel cadre, avec qui, et dans quelles conditions ?
Contrairement à certaines idées reçues, il n’existe pas une réponse unique. Les recherches en psychologie montrent que le changement repose sur plusieurs facteurs complémentaires.
Une évolution des approches thérapeutiques
Historiquement, certaines approches thérapeutiques s’inscrivaient dans des suivis longs, parfois centrés sur l’exploration approfondie de l’histoire personnelle.
À partir de la seconde moitié du XXe siècle, d’autres approches ont émergé, souvent regroupées sous le terme de thérapies brèves. Elles mettent davantage l’accent sur :
les mécanismes actuels
les interactions
et les leviers concrets de changement
Ces approches ne remplacent pas les précédentes : elles proposent une autre manière d’accompagner, adaptée à certaines situations.
Aujourd’hui, il existe donc une diversité de cadres et de méthodes, chacun ayant ses indications et ses limites.
Il y a donc, à partir des années 1950-70, tout un courant de chercheurs, psychiatres, linguistes et thérapeutes - principalement aux États-Unis, autour du Mental Research Institute de Palo Alto - qui ont cherché à construire des approches davantage centrées sur l’observation des interactions, l’expérimentation et les effets concrets du changement. Milton Erickson, Gregory Bateson, Paul Watzlawick en sont les figures fondatrices. Des praticiens européens comme Gérald Brassine (PTR) et Bert Hellinger (constellations familiales) se sont nourris de ces travaux - notamment via Palo Alto - avant de développer leurs propres méthodes. La PNL, l'IFS, l'EMDR, les thérapies narratives et systémiques sont des héritiers directs de ce mouvement. Ces approches mettent souvent l’accent sur des changements observables dans un temps relativement limité.
Le rôle central de la relation
Les travaux en psychologie, notamment dans le champ humaniste, ont mis en évidence un point essentiel : la qualité de la relation entre le praticien et la personne accompagnée joue un rôle majeur.
Se sentir :
écouté
compris
accueilli sans jugement
constitue souvent une base nécessaire pour permettre l’évolution.
Cela étant, cette dimension relationnelle ne suffit pas toujours à elle seule. Le changement dépend également :
de la pertinence de l’approche utilisée
de la situation de la personne
et de son implication dans le processus
L’engagement dans le processus
Le changement implique une participation active de la personne, qui peut prendre différentes formes :
réflexion personnelle
mise en pratique entre les séances
ajustements dans le quotidien
Cet engagement est un facteur déterminant, même s’il peut s’exprimer différemment selon les contextes de vie, les ressources disponibles ou les contraintes rencontrées.
On entend parfois l’idée selon laquelle une thérapie ne fonctionnerait que si elle est financée directement par la personne elle-même.
Cette représentation est historiquement associée à certains courants thérapeutiques, où le paiement pouvait avoir une valeur symbolique d’engagement. Cela remet en question de façon implicite et problématique l'efficacité des thérapies prises en charges et la position des personnes qui n'ont pas d'autonomie financière. Mais surtout les recherches actuelles ne montrent pas que ce facteur soit déterminant en soi. L’efficacité d’un accompagnement repose davantage sur la qualité de l’alliance, l’implication de la personne et la pertinence de l’approche.
Quelqu'un qui paye lui-même peut traverser des mois de séances en résistance totale.
Rappelons l'essentiel :
la qualité de l’alliance thérapeutique
la motivation du patient, son investissement personnel, sa présence
la pertinence de l’approche
Ce n’est pas une question de “mérite” ou de “volonté”, mais de disponibilité réelle au changement, à un moment donné de sa vie.
Les freins au changement
Dans la pratique, il est fréquent que des freins apparaissent, parfois de manière peu consciente.
Ces freins ne relèvent pas d’un manque de volonté, mais de mécanismes psychologiques souvent profonds.
Ce sont souvent des mécanismes de protection qui ont eu, à un moment, une fonction utile.
Parmi eux :
Les loyautés familiales
Ivan Boszormenyi-Nagy, thérapeute familial hongrois, a décrit ce qu'il appelle les loyautés invisibles : chaque membre d'une famille appartient à un système qui a ses propres règles d'équilibre, souvent implicites. Quand l'un des membres commence à changer - à prendre plus de place, à sortir d'un rôle, à aller mieux - le système peut réagir pour maintenir son équilibre habituel.
Une personne peut rester, sans en avoir pleinement conscience, fidèle à des équilibres familiaux :
ne pas “dépasser” un parent
ne pas perturber l'équilibre des relations familiales, même si elles se font au notre détriment
rester dans un rôle implicite
maintenir une forme de cohérence avec son histoire
L’entourage peut, parfois sans en avoir conscience, réagir de manière à maintenir l’équilibre existant.
C'est un phénomène très puissant.
C'est pour cette raison que les thérapeutes formées à thérapie systémique et familiale prennent en compte ce contexte au long de la thérapie, et invitent à observer la place de chacun et les interactions familiales.
Les dynamiques d’infantilisation
Dans certains contextes relationnels, une personne précise peut être maintenue dans une position où :
ses choix sont remis en question
sa capacité à décider est limitée
ou son autonomie est fragilisée
Elle passe par la dévalorisation des choix ("tu ne sais pas ce qui est bon pour toi" implicite), le contrôle de l'information ("j'ai vérifié pour toi"), ou la culpabilisation ("tu nous fais du mal en faisant ça"). Elle s'intensifie précisément quand cette personne tente de s'autonomiser -comme si l'autonomie elle-même était la menace, parfois en s’appuyant sur des informations partielles ou réinterprétées voire en dénigrant une aide externe. Ce n'est pas forcément par mauvaise foi, cela peut arriver par dynamique inconsciente en lien avec une loyauté familiale.
Ces dynamiques ne désignent pas des “personnes en faute”.
Elles décrivent des fonctionnements relationnels qui peuvent apparaître dans de nombreux contextes, souvent sans intention consciente de nuire.
C'est une dynamique relationnelle qui mérite d'être nommée et travaillée en elle-même - et c'est précisément ce que permet un espace thérapeutique.
Murray Bowen, autre figure fondatrice des thérapies systémiques, parle de différenciation du soi : la capacité à maintenir ses propres décisions et sa propre direction face à la pression émotionnelle du groupe familial. Plus cette capacité est faible, plus le changement individuel est difficile à soutenir contre les forces du système.
Les contraintes matérielles et relationnelles
Des éléments très concrets peuvent également jouer un rôle :
dépendance financière
manque de soutien
contexte de vie instable
Un manque de clarté des objectifs
La motivation est souvent mal comprise. Ce n'est pas "avoir envie d'aller mieux" - presque tout le monde le veut. C'est quelque chose de plus précis : la disposition à bouger quelque chose en soi, à accepter que le changement implique de l'inconfort, à ne pas attendre que le thérapeute fasse le travail à la place du client.
La clarté des objectifs joue un rôle tout aussi déterminant. Venir en thérapie avec une demande vague ("je veux aller mieux", "je veux être moins anxieux") produit des résultats moins nets que de formuler progressivement ce que l'on cherche à transformer concrètement dans sa vie.
Un bon praticien aide à formuler cette clarté dès les premières séances. C'est une partie du travail, pas une condition préalable. Et parfois il faut d'abord aider à regagner une image de soi positive avant d'envisager autre chose.
Ces facteurs doivent être pris en compte avec réalisme : le changement ne se fait jamais “hors sol”.
Une diversité d’accompagnements et le choix
Aujourd’hui, il existe différents types d’accompagnement :
certains relèvent de professions réglementées avec des titres universitaires, qui suivent une ligne théorique commune ou non (cas du titre de psychologue)
d’autres s’inscrivent dans des approches complémentaires centrées sur des outils de changement développés et appréhendés en détail, qui vont être soit du domaine de la thérapie brève soit du domaine du coaching de vie, et que le monde universitaire français n'a pas encore intégré.
Ces cadres répondent à des logiques différentes, mais peuvent, dans certains cas, être complémentaires, selon les besoins de la personne.
L’essentiel reste de trouver un accompagnement :
adapté à sa situation
cohérent avec ses attentes
et exercé dans un cadre clair
Les questions qui peuvent vous intéresser quand vous cherchez un thérapeute :
A t-il des connaissances théoriques, ou bien utilise t-ils des outils concrets qui contribuent au changement ?
Utilise t-il uniquement la parole, ou aussi le somatique (les ressources du corps) ?
A t-il une approche organisée autour d'objectifs de changement, comment sont évalués les progrès au fil de l’accompagnement ?
Mon approche
Mon accompagnement s’inscrit dans une démarche centrée sur :
les mécanismes de fonctionnement actuels
les leviers de changement concrets
et le respect du rythme de chacun
Concrètement, l’accompagnement que je propose vise à aider la personne à :
mieux comprendre ce qui bloque aujourd’hui
retrouver une régulation émotionnelle plus stable
dépasser certains schémas ou vécus passés
et mettre en place des changements concrets dans sa vie
Il s'appuie sur des outils de thérapie brève pour la plupart de renommée internationale, et qui sont détaillés sur mon site. En particulier l'hypnose conversationnelle (Psychothérapie du Trauma Réassociative, Programmation Neuro Linguistique, Thérapie narrative, Constellations), complétée par des approches systémiques et familiales, ainsi que des outils de régulation du système nerveux par le corps. Je puise également dans les outils du coaching de vie qui facilitent les changements dans les situations et projets concrets de vie.
Mon approche ne se substitue pas à un suivi médical ou psychologique lorsque celui-ci est nécessaire, mais peut constituer un espace de travail complémentaire.
De nombreuses personnes rapportent des changements concrets séance après séance.
L'annulation avant la première séance : une information, pas un accident
Il existe un moment particulièrement révélateur dans tout processus thérapeutique : l'intervalle entre la décision de consulter et la première séance.
Annuler au dernier moment pour un empêchement réel, ça arrive. Mais quand l'annulation n'est pas suivie d'une reprise de rendez-vous, quand les relances restent sans réponse, quand on ne vient pas sans prévenir - ce n’est pas toujours uniquement un problème logistique, cela peut refléter des freins internes ou relationnels.
La partie de soi qui a pris rendez-vous voulait changer quelque chose. Une autre partie — plus ancienne, plus protectrice - a décidé que c'était trop risqué. Pas consciemment. Pas par manque de motivation au sens vulgaire du terme. Par un mécanisme que les thérapeutes connaissent bien : l'ambivalence au changement.
Changer, même quand on souffre, implique de quitter un équilibre connu. La souffrance familière est moins menaçante que l'inconnu d'un mieux-être qui redistribuerait les cartes -dans sa relation à soi, aux autres, au rôle que l'on occupe dans sa famille ou son couple.
Si vous vous reconnaissez dans ce pattern, la chose utile n'est pas de vous juger. C'est de vous demander : qu'est-ce que je protège en ne venant pas ? La réponse à cette question est souvent le cœur même du travail à faire.
Choisir un thérapeute : un acte d'autonomie
Ce qui ressort de tout cela, c'est que choisir un accompagnement thérapeutique est fondamentalement un acte personnel. Un acte qui engage sa propre lecture de sa situation, ses propres critères, sa propre intuition sur la relation qui s'est établie lors d'un premier entretien.
Au-delà des critères, un élément reste central : le ressenti dans la relation.
Se sent-on en confiance ? Écouté ? Libre de s’exprimer ?
Ce sont souvent ces indicateurs-là qui orientent le mieux le choix.
Les conditions idéales n'existent pas. Ce qui existe : un espace de confiance, une méthode adaptée à ce que l'on traverse, et une décision que l'on prend pour soi.
Si vous vous posez la question de commencer, le plus simple reste souvent d’échanger une première fois.
Cela permet de voir si le cadre, l’approche et la relation vous conviennent — sans engagement.
À partir de là, vous pouvez décider tranquillement si c’est le bon moment pour vous.
Sylvain Geyskens — Qualité d'Être Praticien en thérapies brèves intégratives — Bures-sur-Yvette & Paris 9e
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