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« Je sens que quelque chose s'est passé, mais je ne m'en souviens pas » — Traumas amnésiés : comprendre et se libérer

  • sylvaingeyskens
  • 1 mars
  • 7 min de lecture

Ce sentiment que vous ne savez pas nommer


Vous avez l'impression que quelque chose s'est passé — sans pouvoir dire quoi. Une zone floue, un « trou », un malaise diffus quand certains sujets arrivent dans la conversation, une réaction physique disproportionnée dans certaines situations sans que vous compreniez pourquoi.


Peut-être avez-vous des fragments : une image fugace, une sensation dans le corps, un rêve récurrent qui revient depuis des années. Peut-être n'avez-vous rien du tout — juste cette certitude sourde, inexplicable, que quelque chose n'est pas en ordre.


Peut-être aussi que vous vous êtes longtemps dit que vous « inventez », que vous « dramatisez », ou que vous êtes simplement « comme ça ».


Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, cet article est pour vous.


Le corps n'oublie pas ce que le mental a mis à l'écart


Quand un événement est trop douloureux, trop menaçant, trop écrasant pour être supporté consciemment, notre psyché dispose d'un mécanisme de protection extraordinaire : elle met cet événement « hors d'accès ». Le souvenir ne disparaît pas — il est dissocié. Stocké ailleurs, dans des couches de la mémoire que le conscient ne peut pas atteindre directement.


C'est ce que le psychiatre et chercheur américain Bessel van der Kolk résume dans le titre de son ouvrage de référence : le corps n'oublie rien. Ce que nous ne pouvons pas penser, nous le portons physiquement — dans nos tensions, nos douleurs, nos réactions automatiques, nos comportements que nous ne comprenons pas nous-mêmes.


Ce mécanisme de dissociation est une réponse de survie normale face à un événement anormal. Il n'y a rien d'anormal à ne pas se souvenir. Cela ne signifie pas que l'événement n'a pas eu lieu. Cela signifie que votre système nerveux a fait ce qu'il pouvait pour vous protéger.


Dans quelles situations un trauma peut-il être amnésié ?


Les violences sexuelles dans l'enfance

C'est l'une des causes les plus fréquentes de trauma amnésié. Lorsque l'auteur est un proche — un parent, un oncle, un voisin de confiance —, la dissociation est d'autant plus profonde que la survie affective de l'enfant dépendait de ce lien. Garder l'attachement, c'était parfois « ne pas savoir ».


L'inceste en particulier est souvent accompagné d'une amnésie partielle ou totale : l'enfant ne se souvient pas, ou ne se souvient que de fragments. Des années plus tard, des symptômes apparaissent — sans que la personne fasse le lien avec ce qui s'est passé.


Les viols sous l'emprise de stupéfiants

GHB, kétamine, benzodiazépines, alcool en grande quantité... Ces substances provoquent une amnésie chimique qui s'ajoute à l'amnésie hypnotique naturelle déclenchée par le trauma lui-même. La victime se réveille sans savoir ce qu'il s'est passé — parfois avec juste un malaise, une douleur physique, le sentiment que « quelque chose est arrivé ».


Ces situations sont particulièrement difficiles à vivre car elles cumulent deux couches d'incompréhension : ne pas savoir ce qu'il s'est passé, et ne pas comprendre pourquoi on va si mal. Certaines personnes reçoivent pendant des années des diagnostics psychiatriques (dépression, troubles anxieux, personnalité borderline...) sans que personne ne cherche, ni ne trouve, ce qui est réellement à l'origine de leurs symptômes.


Les traumas survenus avant la constitution de la mémoire explicite

Avant l'âge de 3-4 ans environ, le cerveau n'a pas encore développé la structure qui permet de former des souvenirs autobiographiques conscients. Des violences ou des négligences survenues dans la petite enfance ne laisseront donc aucun « souvenir » au sens habituel du terme — mais elles laisseront des empreintes profondes dans le corps, dans les émotions, dans les schémas relationnels.


Les chocs émotionnels intenses à tout âge

Un accident, une agression, une humiliation profonde, une trahison traumatisante... Même à l'âge adulte, certains événements peuvent être partiellement ou totalement effacés de la mémoire consciente si la charge émotionnelle était trop intense.


Comment reconnaître les traces d'un trauma amnésié ?


Les symptômes d'un trauma non résolu ne ressemblent pas forcément à ce qu'on imagine du « traumatisme ». Il n'y a pas nécessairement de flashbacks, ni de scènes qui reviennent. Les traces peuvent être beaucoup plus silencieuses — et c'est précisément ce qui les rend si difficiles à identifier.


Parmi les signes qui peuvent indiquer un trauma amnésié, on retrouve souvent :


Dans le corps — des douleurs chroniques sans cause organique identifiée, des troubles digestifs fonctionnels persistants, des tensions musculaires profondes, des migraines récurrentes, des maladies auto-immunes. Le corps exprime ce que le mental ne peut pas formuler.


Dans les émotions — une anxiété de fond inexpliquée, des crises d'angoisse sans déclencheur apparent, une dépression qui ne répond pas vraiment aux traitements, une anesthésie émotionnelle, un sentiment chronique de vide ou de honte sans raison claire.


Dans les comportements — des comportements compulsifs ou des addictions qui servent à ne pas ressentir, des relations qui reproduisent des schémas douloureux sans qu'on comprenne pourquoi, des réactions de panique ou de sidération dans certaines situations spécifiques (une odeur, un son, un geste), une difficulté à être dans son corps ou à se sentir en sécurité.


Dans la vie intime — des blocages, des douleurs ou des absences lors des rapports sexuels, une dissociation pendant l'intimité, une incapacité à se laisser toucher.


Dans le rapport à soi-même — un sentiment d'être fondamentalement « défectueux », d'être responsable de ce qu'on a subi, de ne pas mériter d'aller mieux. Ces cognitions sont typiques du stress post-traumatique, même quand la personne ne sait pas ce qui les a engendrées.


« Et si j'inventais tout ? »


C'est l'une des questions les plus douloureuses que posent les personnes concernées par un trauma amnésié. Et c'est compréhensible : sans souvenir clair, comment savoir ?


Il est important de dire deux choses à ce sujet.


La première : l'absence de souvenir conscient ne prouve rien dans un sens ni dans l'autre. Elle ne prouve pas que l'événement a eu lieu, et elle ne prouve pas qu'il n'a pas eu lieu. Ce n'est pas le rôle d'une thérapie d'établir des faits judiciaires. C'est son rôle d'aider une personne à aller mieux.


La deuxième : en PTR, cette question de « j'invente peut-être » est prise très au sérieux — et traitée de façon tout à fait originale. Si vous avez l'impression d'inventer ce qui remonte, le thérapeute ne cherchera pas à vous convaincre du contraire. Il vous demandera d'amplifier encore cette impression d'inventer. Paradoxalement, c'est souvent à ce moment-là que quelque chose de réel se libère. L'inconscient n'a pas besoin de preuves pour guérir.


Peut-on vraiment travailler sur un trauma dont on n'a aucun souvenir ?


Oui. C'est même l'une des spécificités les plus remarquables de la PTR.


La plupart des approches thérapeutiques conventionnelles travaillent avec ce que la personne peut raconter — et se heurtent donc inévitablement à la limite du souvenir conscient. Si vous ne vous souvenez pas, vous ne pouvez pas en parler. Et si vous ne pouvez pas en parler, le travail s'arrête là.


La PTR fonctionne autrement. Elle travaille à partir du corps et de l'imaginaire — deux portes d'entrée qui ne nécessitent pas que le souvenir soit conscient. Une sensation physique, une image spontanée, une émotion qui surgit : ce sont ces éléments que le thérapeute va amplifier et utiliser, sans chercher à construire un récit cohérent, sans interprétation, sans forcer quoi que ce soit.


Ce faisant, l'inconscient peut lui-même réassocier ce qui était dissocié — à son propre rythme, avec ses propres protections, dans sa propre logique. Les souvenirs peuvent remonter, partiellement ou complètement. Ou pas : et c'est acceptable aussi. Ce qui importe, c'est que la charge émotionnelle et somatique associée au trauma se désactive — et cela peut se produire même sans que la mémoire consciente soit jamais reconstituée.


Un exemple : quatre séances après des années de souffrance inexpliquée


Une thérapeute elle-même formée à l'hypnose conversationnelle a consulté Gérald Brassine après des années de mal-être dont elle n'arrivait pas à identifier l'origine avec précision. Des bribes de souvenir suggéraient des abus sexuels dans l'enfance, mais sans clarté, et sans résolution — quatre ans de thérapie par la parole n'avaient pas suffi à lever la charge.


En PTR, le travail s'est fait en quatre séances. Le travail est passé par le corps — des sensations amplifiées, des images surgies spontanément, que la patiente a pu transformer librement par l'imaginaire. L'amnésie sur l'identité de l'auteur s'est levée progressivement. La charge émotionnelle associée s'est dissipée.


Ce qui l'a le plus frappée, elle le décrit ainsi : elle avait vécu pendant plus de quarante ans avec ce qu'elle appelle un caillou dans la chaussure — si habituel qu'elle avait fini par oublier qu'il était là. Une fois retiré, elle ne marchait plus de la même façon.


(Témoignage publié dans la revue Hypnose & Thérapies Brèves n°77, 2025, par Marine Manouvrier et Gérald Brassine.)


Ce que la PTR ne fait pas


Il est important d'être clair sur ce point : la PTR n'est pas une méthode pour « retrouver des souvenirs » au sens d'une enquête. Elle ne cherche pas à reconstituer un dossier, à produire des preuves, à identifier des coupables.


Son objectif est exclusivement thérapeutique : aider la personne à se libérer de la souffrance que porte son corps et son psychisme, quelle qu'en soit l'origine précise.


En PTR, toute interprétation qui ne vient pas de la personne elle-même est proscrite. Le thérapeute ne « nomme » pas ce qui s'est passé, ne suggère pas de scénarios. C'est la personne qui, à son propre rythme et avec ses propres images, trouve ce dont elle a besoin pour guérir.


Et si je ne suis pas sûr(e) d'avoir vécu un trauma ?


C'est une question légitime, et vous n'avez pas à avoir de certitude pour consulter.


Si vous vous reconnaissez dans certains des symptômes décrits dans cet article, si vous portez un malaise dont vous n'arrivez pas à trouver l'origine, si vous avez la sensation que « quelque chose » vous retient sans savoir quoi — cela mérite d'être exploré.


Un premier entretien permet toujours de faire le point ensemble, sans engagement, pour comprendre ce que vous vivez et voir si la PTR est adaptée à votre situation.


Une précision importante


Je suis thérapeute et praticien en hypnose conversationnelle — je ne suis pas médecin. La PTR est une approche complémentaire qui peut s'articuler avec un suivi médical ou psychiatrique, mais elle ne remplace pas un traitement médical en cours. Si vous suivez un traitement médicamenteux ou psychiatrique, ne l'interrompez jamais sans l'avis de votre médecin.


Vous souhaitez en parler ?

Je reçois en cabinet à Bures-sur-Yvette et Paris 9e, et à distance en visio.


Pour aller plus loin


Sylvain Geyskens — Qualité d'Être — Hypnose conversationnelle & Coaching — Bures-sur-Yvette & Paris 9e 06 16 54 13 74 | qualite.etre@gmail.com


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